La saline des tropiques

UNE AUTRE FACON DE RECOLTER LE SEL

saline-tropiqueImaginez une saline de 2 hectares située à 50 mètres en surplomb de la mer où il n’y a ni vasière, ni aderne, ni ladure,ni cuy,ni fare,ni argile et qui,bien sûr, donne du sel.

Pas possible pensez-vous ! Et si !

Je vais vous expliquer d’abord son fonctionnement et la technique, assez surprenants.

Cette saline qui a la même configuration depuis 1942 comporte 23 bassins étagés dont 12 cristallisoirs en- Tièrement habillés de plastique noir.

Nous sommes sur l’île de La Réunion, à la Pointe au Sel à Saint leu, anciennement Pointe de Bretagne puisque ce sont les Bretons qui, au 17° siècle, firent du sel les premiers.

Située à 50 m au-dessus du niveau de la mer, c’est une grosse pompe qui aspire l’eau de mer et la rejette à plus de 300 m dans les bassins du haut dits « bassins de tête ».

L’eau très salée – 42 g de sel par litre d’eau de mer contre 30 à 37 g chez nous – va alors s’écouler par gravité dans les différents bassins de décantation pour arriver dans ceux du bas appelés « cristallisoirs » Après avoir observé le temps et aussi en fonction de la température ambiante le saunier va actionner une Vanne qui va permettre à l’eau de descendre plus ou moins rapidement ; plus l’eau va descendre plus la Salinité va augmenter.

2 TONNES DE SEL EN 5 heures

Les 2 sauniers, dans les cristallisoirs avec leurs bottes , n’ont plus qu’à râcler le sel avec un gros balai en plastique ; lorqu’ils ont mis tout le sel dans un coin , munis de grosses pelles en inox , ils le déposent sur les larges margelles des cristallisoirs, afin qu’il s’égoutte.

Commencé à 5 h30 , nos deux sauniers avaient ,ce matin là, récolté à 10h , 2 tonnes de sel. Il sera ramassé sans tarder dans un hangar ( sorte de salorge ) à cause de la poussière volcanique omniprésente sur l’île..

Nos îliens font très peu de fleur de sel mais 2 sortes de gros sel : le sel pilon que l’on pile avec ail et piment pour différentes préparations culinaires et le gros sel, semblable au nôtre , très fortement chargé en magnésium, chlorure de sodium et calcium.

Chaque année sur 2 hectares ce sont 150 tonnes de sel qui sont en moyenne récoltés ; « c’est un quota obligatoire à ne pas dépasser ; ce sel n’est pas récolté pour gagner de l’argent ; c’est pour sauvegarder avant tout un savoir-faire réunionnais et proposer un produit de qualité » nous dira un responsable des visites.

Appartenant au Département, cette saline était gérée jusqu’en juin 2010 par l’Office de Tourisme de Saint-. Leu .La structure n’ayant pas souhaité prolonger sa convention avec le Conseil Général la commercialisation du sel s’est arrêtée en même temps donc plus de sel dans les rayons des magasins …. un comble !

Depuis, la gestion a été confiée au Groupement pour la Conservation de l’Environnement et de l’Insertion Professionnelle (GCEIP) et , le sel est réapparu sur les tables et dans les commerces .

Un musée du sel est présent sur le site ; il accueille chaque année plus de 20 000 visiteurs.