Le professeur Miossec sur la plage du Cabonnais le 5 août 2021

L’association a fait le constat d’une grande dénaturation des falaises de la baie du Cabonnais par l’ajout de gros blocs rocheux. Les enrochements récents sont le fait des riverains qui financent ces travaux sur leurs deniers avec l’accord de la municipalité. Pour nous, cette dégradation du site de la plage du Cabonnais pose problème. Il convient de savoir si ces enrochements protègent réellement du recul de la falaise, d’une part.  D’autre part s’il y a un caractère d’urgence à agir. Nous avons fait venir un expert du recul du traict de côte, le professeur Miossec qui connait bien cette falaise pour y avoir consacrer une thèse au début de sa carrière universitaire.

La principale cause du recul des falaises : l’eau de pluie qui vient miner la partie supérieure

Professeur MIOSSEC : C’est un littoral qui recule peu
P. PERVEZ : En l’espace de 50 ans, ça a reculé de 1,50 m ?
Professeur MIOSSEC : Et encore, c’est extrêmement difficile de calculer l’importance du recul d’une falaise ; on n’a pas de repères suffisants, on n’a que la mémoire des gens, qui a tendance en général à exagérer les choses (on part d’un mètre et on arrive à 10)…
…Ici vous êtes dans un littoral qu’on peut tenir, j’ai regardé la photographie aérienne, il y a quelques propriétés qui sont exposées, mais à l’échelle de 20 ans.
….Ce n’est pas la mer qui est responsable ici, c’est la nature de la roche, roche schisteuse ou mica-schisteuse, plus ou moins altérée, quand elle est altérée elle devient friable. Donc toute l’eau, lors des pluies qui s’écoulent, vient progressivement miner la partie supérieure, s’infiltrer en arrière du mur, C’est pour cela que les murs (de protection anciennement construits NDRL) sont déstabilisés, Lors d’une grande marée de 110 ou 115 ça tape ici, il ne reste presque rien par grandes marées. Si vous avez une surcote d’un demi-mètre ou d’un mètre lors de tempêtes, ça sape et ce sapement fait que la falaise recule, la mer déblaie le matériel, l’amenuise et repart…, …elle revient sur les sites où elle est normalement et par à coups l’ensemble est déstabilisé. Ce qui fait qu’en dehors de purger un versant, de faire sauter avec un explosif les parties qui peuvent apparaître les plus fragiles, je ne vois pas ce qu’on faire d’autre que conforter avec des enrochements, parce c’est ce qui coûte le moins cher aujourd’hui.
P. PERVEZ la question que l’on pose : regardons cet enrochement, à l’évidence il n’a pas empêché la falaise de reculer
Professeur MIOSSEC : bien sûr cela n’empêche pas.

Protéger uniquement sur les zones à forts enjeux


P. PERVEZ : Le regard public sur l’enrochement, la lutte contre le recul des falaises ont changé. On n’est plus dans le laissez-faire…
Professeur MIOSSEC : Oui, là encore depuis une dizaine d’années, depuis XYNTHIA, tout d’un coup on s’est affolé de partout, c’est une bonne chose, d’ailleurs, XYNTHIA a révélé les carences d’un système d’aménagement du littoral…
Les politiques ont commencé à se remuer, il y a eu un premier rapport d’un député de la Manche, puis un deuxième rapport il y a deux ans quand l’équipe Macron est arrivée au pouvoir mais ces rapports disent systématiquement la même chose. Ils aboutissent à cette logique qui est de dire : aujourd’hui on ne fait rien mais demain on cherchera à reculer, autrement dit les propriétaires des maisons seront peut-être un jour invités à abandonner leur maison, moyennant indemnisation. Mais la question ne se posera pas ici parce qu’il va falloir des décennies avant que la question ne se pose.
… on a laissé construire trop près, avant la sagesse était de dire on ne construit à plus de 50 m de la mer, après, grâce aux touristes on développe le bord de mer. Cela reste comme il y a 40 ans : en fonction des demandes de riverains on ajoute ici un enrochement, on essaie de conforter là où ça apparaît le plus fragile; que faire d’autre…

Un recul des falaises très lent sur Mesquer

Les enrochements ne sont (NDRL) qu’un habillage progressif d’un traict de côte qui recule très peu ; il vous faut aussi lutter, je sais bien que ce n’est pas facile de rappeler que ce n’est pas la catastrophe demain.  Le niveau de la mer s’élève mais pas tant que çela, la côte recule mais pas à des vitesses si considérables que ça. Il faut essayer de casser l’énergie (des riverains et responsables locaux) qui pousse à toujours intervenir parce que le réchauffement climatique est catastrophique. C’est un fait, le climat se réchauffe, incontestablement, les tempêtes plus nombreuses, ce n’est pas prouvé.

P. PERVEZ : on n’a pas vu de changement ici,

Professeur MIOSSEC : on ne peut pas les voir, il faudrait que ces falaises soient minées par des précipitations de longue durée….. et là on verra la partie haute, argileuse , décapée ;  la partie basse  est résistante…
Professeur MIOSSEC : si vous avez des gens qui viennent vous dire : le niveau de la mer s’élève, il s’élève peut-être de 3 mm par an, vous êtes capable de mesurer 3 mm ? Le rapport du GIEC, on table sur 60 cm à un mètre, mais ici ça n’a pas de portée, les marais derrière seront plus envahis par l’eau de mer.
Vous vous êtes dans une situation de bonne protection ici pour vos falaises.

P. PERVEZ : Dans les 50 ans qui viennent, une maison est-elle menacée sur nos falaises ?
Professeur MIOSSEC : non, même avec une élévation du niveau de la mer, il faut attendre patiemment, vos petits-enfants agiront peut-être à ce moment là, il faut éviter que sous la pression populaire et les jeux d’acteurs, administrations.., dans la panique les gens disent : agissons.
A Pénestin, où la falaise recule les enrochements sont proscrits

P. PERVEZ : Sommes -nous géologiquement comparables, ici et la mine d’or de Pénestin ?

Professeur MIOSSEC : Mes parents avaient une maison là bas. Nous sommes intervenus fin des années 70 pour qu’il ne se mette plus en place d’enrochement, qui dégradaient considérablement le paysage et n’empêchaient pas l’érosion d’agir, l’érosion venait du dessus, pas du dessous
P. PERVEZ : c’est exactement notre situation        
                                                                         
Professeur MIOSSEC : on avait un site homogène ; l’asso à laquelle j’appartenais a acté qu’au nom de l’inutilité d’un enrochement et du caractère dangereux, tout le sable au-dessus tombait dans l’eau, 
J’ai dit au maire : votre intérêt c’est d’avoir une plage, pas que les gens se posent sur des cailloux, on a réussi, ça n’empêche pas qu’à Pénestin, la falaise recule encore, par secteurs. La politique des équipes municipales a été d’éviter de mettre en place des protections, c’est ce qu’ils ont fait.     
Il faut que les gens comprennent qu’on ne les défendra pas et qu’ils prennent leurs responsabilités,
qu’ils acceptent d’être indemnisés.

Extraits de l’enregistrement réalisé lors de la venue du Professeur MIOSSEC le 5 août dernier transcrit par Irène TATTEVIN.

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